Dans le monde de la santé, on parle de plus en plus de thérapies digitales ou DTx. Décryptage de cette tendance en pleine croissance.

Pour commencer il convient de bien définir ce qu’est une thérapie digitale ou DTx : il s’agit de traitements scientifiquement validés sous forme de solutions numériques (applications mobiles, dispositifs connectés…) pour prévenir, gérer ou traiter un trouble médical ou une maladie.
Ces thérapies sont utilisées indépendamment ou en lien avec des médicaments, des appareils ou d’autres thérapies. On peut donc classer les thérapies digitales en deux grandes catégories :

  • les thérapies ayant pour vocation de remplacer un médicament
  • les thérapies complémentaires d’un traitement médicamenteux


On observe le même niveau d’exigence dans la conception de ces thérapies que pour les traitements médicamenteux avec notamment la réalisation d’essais cliniques pour valider les résultats.

L’objectif de ces DTx est :

  • de « traiter » les patients à partir d’un suivi de données de santé en modifiant les comportements de ceux-ci afin d’obtenir une réponse clinique.
  • d’assurer une surveillance des patients à risque afin de prédire et modifier un état clinique ;

Pour bien comprendre la différence entre santé digitale, médecine digitale et thérapies digitales, voici un tableau récapitulatif qui montrent les définitions et les validations cliniques nécessaires (Source DTXalliance)

Un marché en pleine croissance

Selon le cabinet Juniper Research(1), le marché des thérapies digitales devraient dépasser les 32 milliards de dollars en 2024, contre 2 milliards aujourd’hui.

Global Digital Therapeutics Revenues ($bn) in 2024: $33 billion – Juniper Research, Mai 2019

Pour ce même cabinet, près de 270 millions de personnes utiliseront les thérapies digitales d’ici 2024, contre 9,1 millions en 2019.
Ce marché est notamment en forte croissance en raison des délais de développement comme l’indique James Moar, consultant chez Juniper Research : « Trois à quatre ans de développement, contre vingt pour une nouvelle molécule ou thérapie. Le retour sur investissement est plus rapide et plus élevé. »

Digital Therapeutics Development Timeline – Juniper Research, Mai 2019

Cette croissance du marché mondial des thérapies digitales s’explique par la nécessité croissante de contrôler les coûts des soins de santé, la propagation de plus en plus importante des maladies chroniques et le besoin de mettre rapidement sur le marché de nouvelles solutions thérapeutiques.

Aujourd’hui ces thérapies digitales concernent principalement le diabète, l’obésité, les maladies cardiovasculaires, les maladies du système nerveux central, les maladies respiratoires, le sevrage tabagique, les troubles gastro-intestinaux, etc. (2)

On notera particulièrement une application des thérapies digitales dans les maladies où les comportements, les signaux cognitifs, sensoriels et émotionnels sont impliqués.

Allied Market Research – Global Digital Therapeutics Market, Opportunities and forecast 2017-2025

L’adoption de ces thérapies digitales est aujourd’hui progressive mais lente. Peu d’entre elles sont prescrites par le corps médical. Il s’agit avant tout d’un problème de confiance qui doit se régler par des preuves cliniques et l’approbation des autorités de santé.

Un écosystème foisonnant de start-ups

De nombreuses start up de thérapies digitales ont émergé ces dernières années pour le suivi de sa santé ou la prise en charge de certaines pathologies, notamment aux Etats-Unis. On peut citer Sleep.io, qui propose un programme d’accompagnement sur mobile pour lutter contre l’insomnie en reconstruisant ses cycles de sommeil étape par étape. Autre exemple Welldoc met à disposition une application approuvée par la FDA (Federal Drug Administration) pour accompagner les patients diabétiques dans leur vie au quotidien ou l’alimentation. Pear Therapeutics a développé des applications pour le traitement des addictions, notamment les opiacés, problème majeur de santé publique aux Etats-Unis.

En France plusieurs start up développent des thérapies digitales. C’est le cas de Lucine qui s’adresse aux personnes atteintes de douleurs chroniques. Cette start up développe une solution mobile qui mesure, analyse le niveau de douleur et propose un traitement personnalisé à partir de sons, d’images ou encore de lumières afin d’activer ses propres antidouleurs.

Autre exemple avec Diabeloop qui permet d’automatiser le traitement du diabète de Type 1 via un pancréas artificielle et un suivi via un écosystème connecté et mobile. Un capteur de glucose en placé sur le patient, permet d’analyser les données en temps réel et de calculer la juste dose d’insuline à administrer.

Un acteur comme Voluntis travaillent également depuis de nombreuses années sur le déploiement de thérapies digitales. On peut citer en exemple Diabeo et Insulia développés avec le laboratoire Sanofi dans l’accompagnement des patients diabétiques ou Oleena qui permet aux patients atteints d’un cancer une gestion autonome des symptômes ainsi qu’un suivi à distance par les équipes soignantes tout au long de leur traitement.

La gamification prend également une place importante dans les thérapies digitales. Les leviers ludiques et interactifs favorisent l’assimilation des messages et les changements de comportements. Par exemple Genious Healthcare a développé Curapy, une application de jeux vidéo thérapeutiques testés et validés cliniquement par des professionnels de santé. Les jeux proposés permettent notamment d’accéder à des exercices et entraînements de mémoire, d’orientation et d’équilibre ; des tests cognitifs et physiques ; des exercices et entraînements de rééducation fonctionnelle des membres supérieurs ou encore de marche…

Novartis pionnier dans la pharma

De nombreux laboratoires pharmaceutiques observent ce marché avec intérêt. Le laboratoire suisse Novartis est le premier à avoir lancé une initiative concrète avec l’application ReSet pour lutter contre les addictions aux Etats-Unis.
Cette application, réalisée avec la start-up américaine Pear Therapeutics, propose au patient de faire le point sur son smartphone de sa consommation, de son état de manque et de ses états d’âme. L’application propose des exercices de thérapies comportementales par vidéo, des quizz, des mesures de progrès etc…
Cette application ne peut être accessible qu’après la prescription par un médecin. Certifiée par la FDA en 2018 pour les addictions à l’alcool, au cannabis ou à la cocaïne, elle est depuis janvier 2019 étendue aux opiacés.

Et demain, les réseaux sociaux, acteurs de DTx ?

Les réseaux sociaux, largement et quotidiennement utilisés (on évalue à 30-50% la proportion d’utilisateurs qui postent leurs données de santé), ont déjà publié des études sur leur capacités à détecter troubles psychiatriques et autres.
Constituent-ils un potentiel de DTx ? Pas à ce jour du fait des problématiques sensibles de Privacy et d’intrusion dans la vie des personnes. Mais, d’ores et déjà, il y a débat entre communautés scientifiques et autorités sur le sujet. A suivre…

Les thérapies digitales sont en plein essor. Un des grands enjeux sera l’adoption par les patients en distinguant ces thérapies des innombrables solutions numériques déjà sur le marché. Le déploiement de ces solutions par l’industrie pharmaceutique sera également un des facteurs de croissance de ce marché.

(1) Are digital therapeutics poison or tonic for drug companies ? Juniper Research, Mai 2019
(2) Allied Market Research – Global Digital Therapeutics Market, Opportunities and forecast 2017-2025

Rémy Teston
Expert e-santé
Buzz E-santé

Franck Le Meur
Président-Fondateur
Techtomed