La reconnaissance faciale se déploie progressivement dans notre société. Le monde de la santé n’échappe pas à cette nouvelle tendance. Tour d’horizon des usages en santé.

Avant toute chose commençons par une simple définition. Dans son rapport « Reconnaissance faciale : pour un débat à la hauteur des enjeux » la CNIL définit la reconnaissance faciale comme « une technique informatique et probabiliste qui permet de reconnaître automatiquement une personne sur la base de son visage, pour l’authentifier ou l’identifier.
La reconnaissance faciale appartient à la catégorie plus large des techniques biométriques. La biométrie regroupe l’ensemble des procédés automatisés permettant de reconnaître un individu à partir de la quantification de ses caractéristiques physiques, physiologiques ou comportementales (empreintes digitales, réseau veineux, iris, etc.). Ces caractéristiques sont qualifiées de « données biométriques » par le RGPD, parce qu’elles permettent ou confirment l’identification unique de cette personne. »1

Ce sujet de la biométrique et de l’identité numérique devient un des enjeux majeurs de la transformation digitale de notre société. C’est pourquoi le gouvernement français a mis au point une application de reconnaissance faciale baptisée Alicem pour en garantir la sécurité. Application validée il y a quelques semaines par le Conseil d’Etat.
Le monde de la santé est aussi impacté par cette technologie. On observe un certain nombre d’usages dans différents domaines : recherche, hôpital, patient…

La reconnaissance faciale au service de la génétique

Aujourd’hui la reconnaissance faciale est une technologie qui apporte une nouvelle solution pour les généticiens dans le diagnostic de certaines pathologies. Elle permet notamment de détecter les maladies génétiques rares plus rapidement pour démarrer un traitement approprié.

Un exemple concret : des chercheurs du FNDA de Boston ont créé l’application Face2Gene, qui grâce à un système de reconnaissance faciale et d’intelligence artificielle serait capable d’identifier des centaines de maladies différentes. Via la technologie du Deep Learning et l’enregistrement d’un grand nombre d’images de visages de patients en spécifiant la maladie dont ils sont atteints, l’application peut reconnaître une pathologie en se basant sur le visage.

La reconnaissance faciale au service de l’hôpital

Pour simplifier le triage des patients à l’arrivée et optimiser l’orientation dans le parcours de soin, des hôpitaux expérimentent la reconnaissance faciale. En Chine, les hôpitaux de Shanghai ont appliqué un système de reconnaissance faciale et un contrôle de température aux entrées. La technologie aide à vérifier les patients et décourage également les mauvais comportements dans les hôpitaux.Un des cas d’usages à l’hôpital est la surveillance des patients hospitalisés en unités de soins intensifs. Une expérimentation a été menée à l’hôpital de Yokohama, combinant la reconnaissance faciale et un système automatisé, capable de prédire, avec une précision satisfaisante, quand les patients en unité de soins intensifs encourent un risque élevé, tel que le retrait accidentel de leur tube de respiration.2
D’autres usages émergent à l’hôpital, notamment en Chine où la reconnaissance faciale est omniprésente. L’Hôpital populaire provincial du Jiangxi a par exemple introduit la reconnaissance faciale pour permettre aux patients de payer leurs factures médicales via le système Alipay. Autre exemple avec les hôpitaux de Beijing qui utilisent la technologie de reconnaissance faciale pour lutter contre les inscriptions frauduleuses. L’objectif est d’éliminer la vente illégale de consultations dans les hôpitaux.

La reconnaissance faciale au service du diagnostic

Autre cas d’usage, le diagnostic cardiovasculaire. Une équipe de chercheurs chinois a développé un algorithme d’intelligence artificielle qui permet de déterminer le risque de maladie coronarienne d’une personne à partir de l’examen de plusieurs photos de son visage. En effet, des signes faciaux permettent d’indiquer une possible mauvaise santé cardiovasculaire : alopécie, xanthelasma ou arc cornéen.3

Source : Nature Medicine

La reconnaissance faciale au service des patients

Cette nouvelle technologie se déploie de plus en plus dans le domaine de la dermo-cosmétique avec la création de miroirs intelligents connectés. Un exemple concret est la solution Poseidon de la société Care Os qui permet notamment d’analyser sa peau, d’obtenir des recommandations de produits ou de détecter des points noirs et autres imperfections de la peau.

Autre exemple avec l’Oréal qui a développé l’application Effaclar Spotscan pour sa marque La Roche-Posay avec la Société Française de Dermatologie et le CHU de Nantes. Cette application analyse le visage, scanne la peau, identifie les imperfections et détermine le grade de tendance acnéique.
La reconnaissance faciale peut également apporter des services aux patients comme un accès simplifié à des solutions e-santé ou à ces données de santé. A titre d’exemple, la NHS au Royaume-Uni a déployé un module de reconnaissance faciale au sein de ses applications mobiles pour faciliter l’accès aux patients à un certain nombre de services : rendez-vous médicaux, accès aux dossiers médicaux ou le renouvellement des ordonnances.

Covid-19 : les usages pendant la crise sanitaire

La crise sanitaire a multiplié les expérimentations autour de la reconnaissance faciale : triage à l’hôpital, contrôle du port du masque ou détection des personnes malades.
Exemple au Québec, avec à l’entrée d’une clinique de Verdun, la mise en place d’une caméra thermique fonctionnant grâce à une technologie de reconnaissance faciale permettant d’effectuer le triage des patients potentiellement atteints de la COVID-19.
Autre exemple en Israël avec un outil de reconnaissance faciale à l’hôpital de Sheba incitant au port du masque. La solution développée par AnyVision identifie les personnes sans masque et renvoie des commentaires sur les écrans, afin de créer une prise de conscience et inciter au port du masque.

A Moscou, la reconnaissance faciale est utilisée, via un vaste réseau de caméras, pour suivre des individus, alerter des groupes et personnes trop proches les uns des autres ou détecter au plus vite tous les cas.
Du côté de la Chine, la reconnaissance faciale aide à contrôler les citoyens et la propagation du coronavirus dans les hôpitaux et tous les lieux de regroupement.
La technologie de la reconnaissance faciale émerge peu à peu dans le monde de la santé. Elle peut simplifier certains diagnostics, optimiser le parcours à l’hôpital ou apporter des services pour le patient. Au-delà de ces avantages, cette technologie soulève de nombreux débats autour d’enjeux éthiques et de sécurité. Sans doute un frein à un déploiement à plus grande échelle.

Rémy Teston
Expert e-santé
Buzz E-santé

SOURCES

  1. Reconnaissance faciale : pour un débat à la hauteur des enjeux – CNIL, novembre 2019
  2. Using facial recognition technology to continuously monitor patient safety in the ICU – Euroanaesthesia, juin 2019
  3. Feasibility of using deep learning to detect coronary artery disease based on facial photo – European Heart Journal, août 2020