Pharma Healthtech 2021 : une accélération technologique au service de la pharma et de ses enjeux – Episode 2

Techtomed et Pharmaceutiques ont organisé le 16 septembre dernier une nouvelle édition de Pharma HealthTech, l’évènement consacré à l’impact du numérique dans l’industrie pharmaceutique. Retour sur cette édition 100% digitale : deuxième partie.

Tout au long de la matinée de cette 3ème édition de Pharma HealthTech, Keynotes, ateliers et table-rondes se sont succédé avec l’intervention d’acteurs de l’industrie pharmaceutiques, de start up, patients et spécialistes de l’innovation technologique.

Les débats, présentation et points de vue d’experts se sont multipliés au cours de l’après-midi.

Des keynotes exploratoires

Pour lancer la seconde partie de la journée, Stéphanie Allassonnière, Professor at University of Paris, Chaire PR[AI]RIE chez Institut PR[AI]RIE and Associate Professor at Ecole Polytechnique, a apporté sa vision sur le progrès technologique et l’intégration du numérique dans la pratique des soins au cours d’un keynote libellé “Comment ancrer la pratique numérique au coeur des soins ? Du geek au toubib ?”

A retenir :

  • La technologie apporte de vraies solutions notamment dans l’aide au diagnostic.
  • Faire travailler ensemble des médecins et des mathématiciens ou data scientist permet de créer des solutions adaptées à la pratique.
  • Les initiateurs des collaborations sont mutuels : des demandes, besoins identifiés par les médecins, ou des modèles, technologies développées apportées par des data scientist.
  • Les savoir-faire et compétences de ces 2 familles de métiers sont très complémentaires
  • Un institut comme PR[AI]RIE regroupe des personnes issues du CNRS, de l’INRIA, de l’Université de Paris… pour les faire travailler ensemble autour de thématiques de recherche de la théorie jusqu’à l’application.
  • Le volet enseignement est aussi une part importante de l’institut avec des programmes de formations pour les médecins intégrant des modules dédiés à l’IA et à la data science. Un DU intelligence artificielle en santé est à disposition en formation continue pour des profils différents : data scientist, médecin, industriels, business manager…

Le second keynote de l’après-midi était consacré à la découverte des résultats du “Baromètre de la transformation digitale en santé” initié par Atawao Healthcare et L3S Partnership.

Ce baromètre a été réalisé auprès de cadres de l’industrie pharmaceutique dans des structures de toutes tailles.

Principaux enseignements :

  • La maturité des entreprises de santé sur le digital jugée globalement insuffisante même si on note une amélioration par rapport à 2019
  • La crise sanitaire a permis un alignement des objectifs digitaux à court terme : développer la digitalisation, mieux communiquer, améliorer le parcours de soins…
  • Mais des divergences sur les objectifs à moyen terme : les directions générales souhaitent construire une nouvelle offre avec un business model propre tandis que les équipes marketing demandent le développement de nouveaux services autour des produits
  • La crise sanitaire est perçue comme accélératrice de la transformation digitale avec une part plus importante des interactions digitales dans le mix global
  • Des facteurs clés de succès identifiés : soutien du Comité de Direction, recrutement réussi, stratégie claire et formalisée, processus de validation adapté et formation des équipes
  • Mais aussi des freins : mauvaise compréhension des enjeux, manque de compétences digitales en interne, absence de véritable stratégie digitale ou le cloisonnement des équipes

Le dernier Keynote de la journée, “E-santé et Présidence de l’Europe en 2022 : Porter l’excellence française”, a permis de faire le point sur la place de l’e-santé en Europe et la position Française avec Isabelle Zablit-Schmitz, eHealth Europe & International Director au sein de la Délégation ministérielle au numérique en santé.

Morceaux choisis :

  • La crise sanitaire a placé le numérique santé au cœur des enjeux et les politiques, gouvernements, institutions internationales comme l’OMS ont lancé de grands investissements pour le développer.
  • Au niveau de l’Europe de nombreux travaux sont menés pour favoriser le déploiement de l’e-santé mais il n’existe pas aujourd’hui de véritables gouvernance ou organisation sur ces sujets.
  • Face à la crise, l’Europe a réussi à se mobiliser, contrairement à d’autres zones géographiques, notamment avec une fédération d’applications de traçage ou le pass sanitaire interopérable entre près de 40 pays.
  •  Le déploiement du numérique en santé s’effectue avec des échanges européens et internationaux car les problématiques sont similaires.
  • Les feuilles de route de la e-santé s’accélèrent dans tous les pays européens. L’objectif est de placer la France comme moteur sur ces sujets.
  • Le numérique en santé n’est pas seulement un débat d’experts mais un débat sociétal où les citoyens européens s’emparent de ces sujets
  • Une structure européenne a été créée, le réseau MyHealth@EU qui est déployé pour assurer la continuité des soins pour les citoyens européens.
  • La souveraineté numérique de l’Europe est un point également crucial pour créer de la confiance auprès des citoyens européens afin de développer les usages.

Des table-rondes pour décrypter les enjeux

Au cours de l’après-midi trois table-rondes ont permis de décrypter différents sujets comme les données de santé, les usages et la santé publique.

La première table-ronde “Données de santé : usage et traitement, les nouvelles collaborations” a été animé par Franck Le Meur (Techtomed), avec la participation de Véronique Lacam-Denoël (Proxicare), Anne-Caroline Delétoille (Institut Pasteur), David Gruson (Jouve / ETHIK-IA), Emeric Lemaire (Arkhn) et Christian Frisch (IQVIA).

A retenir :

  • « Au sein de l’Institut Pasteur nous avons 140 unités de recherches qui travaillent sur des données de santé diversifiées, le plus souvent avec des approches différentes, donc l’enjeu pour l’institut est de faire en sorte que ces données soient facilement partageables avec l’ensemble de la communauté scientifique » indique Anne-Caroline Delétoille
  • Du côté de Proxicare, l’enjeu aujourd’hui est « de sécuriser et simplifier l’exploitation de données de santé en vie réelle. Les données sont multi-sources : cohortes, SNDS, données expérience patient, open data… » souligne Véronique Lacam-Denoël
  • Les établissements ont besoin de comprendre la finalité de l’utilisation de leurs données, le maître mot étant de créer de la confiance
  • La qualité de la donnée est un autre enjeu central aujourd’hui
  • Selon David Gruson, « Nous sommes à un tournant à l’heure actuelle car on observe que la réglementation se met au service du développement des usages. »
  • « Le cadre de la nouvelle loi bioéthique apporte 2 nouvelles notions : une information du patient sur le recours à des traitements algorithmiques dans sa prise en charge ou des phases de recherche, et le principe d’une garantie humaine de ces traitements, à savoir une supervision par des professionnels de santé » poursuit David Gruson.
  • « Au sein d’un hôpital on peut compter de quelques dizaines à quelques centaines de logiciels différents qui le plus souvent ne se parlent pas entre eux. L’interopérabilité de ces solutions est donc un enjeu majeur pour avoir une utilisation simplifiée des données » selon Emeric Lemaire.
  • On identifie aujourd’hui 3 challenges autour des données de santé : le côté nébuleux des données, la capacité à rendre ces données interopérables et les aspects réglementaires sur le consentement du patient ou la propriété intellectuelle des données.
  • « Pour être intéressante une donnée doit pouvoir être réutilisable dans différents contextes, en interne ou en externe avec des partenaires » souligne Christian Frisch.

La seconde table-ronde était consacrée aux usages du numérique santé sur le thème « Médecin 2.0, pharmaciens 3.0… patient 4.0 : la nouvelle frontière des usages numériques ».

Une table-ronde animée par Jérôme Leleu (Simforhealth / Interaction Healthcare), avec la participation de Delphine Blanchard (Mobydi), Delphine Poulat (Euris) Timothé Cynober (Novartis), David De Amorim (Mes Docteurs) et Thomas Brunet (Apodis Pharma).

Morceaux choisis :

  • « Du fait de sa proximité auprès des patients, le pharmacien est un acteur clé pour développer les usages du numérique en santé » souligne Thomas Brunet
  • « Le numérique peut apporter des services pour des malades chroniques pour améliorer le quotidien. Des applications émergent et la télémédecine apporte un véritable service pour un certain nombre de patients notamment dans un suivi continu » indique Delphine Blanchard.
  • « Un des enjeux pour l’usage côté patient est l’interopérabilité des solutions. Pour un suivi optimisé, qui ne soit plus en silo, il faut améliorer l’accès au solutions numériques. Mon Espace de Santé qui sera prochainement déployé va dans ce sens » poursuit-elle.
  • Au sein de Novartis une nouvelle stratégie globale fait une large place au déploiement du numérique pour « soigner 2 fois plus de patients et 2 fois plus vite ». « L’objectif à travers cette stratégie est de faire de Novartis un acteur majeur du numérique en santé en développant des solutions opérationnelles pour développer des usages auprès des patients ou professionnels de santé » indique Timothé Cynober.
  • Avec la crise sanitaire, on a vu une véritable croissance des usages de la télémédecine. « L’échelle de l’usage de la télésanté a explosé. La téléconsultation est entrée dans l’usage quotidien des professionnels de santé et des patients. Une courbe d’expérience s’est créée avec une massification de l’usage. » indique David De Amorim. « La réglementation reste encore un frein car elle n’arrive pas à suivre cette rapide et forte croissance des usages » poursuit-il.
  • « L’industrialisation des process, comme on l’observe en Asie, permet de développer des usages et des retours d’expérience. La France a des atouts sur le volet technologique et réglementaire » selon Delphine Poulat.
  • La dernière table-ronde de cette journée portait sur la santé publique avec pour thème « Santé publique : et demain… mieux éduquer, mieux prévenir, mieux réagir… ».

Une table-ronde animée par Hervé Réquillart (Pharmaceutiques), avec la participation de Laure Millet (Institut Montaigne), Christian Deleuze (Medicen / Healthcare Data Institute), Hela Ghariani (Délégation du numérique en santé), Myriam Oukkal (Qwanza) et Baudouin Hué (Karista).

A retenir :

  • L’Institut Montaigne a fait un bilan des actions gouvernementales sur le domaine du numérique en santé. Ce rapport « salue les actions de la Délégation du Numérique en Santé avec beaucoup d’engagements pris et tenus ou le déploiement d’un cadre favorisant le développement des consultations à distance face à la crise sanitaire » indique Laure Millet. La crise a joué comme un révélateur des forces et faiblesses du système de santé français, notamment l’accompagnement et la formation des professionnels de santé au numérique qui ne sont pas assez développés » poursuit-elle.
  • La crise a joué un rôle de catalyseur dans le déploiement de solution. A titre d’exemple « le programme SIDEP a permis de raccorder tous les laboratoires de biologie en France à un même système d’information. Il a été déployé dans des temps records pour suivre l’évolution de l’épidémie » souligne Hela Ghariani.
  • Même s’il convient de souligner l’impact du numérique sur l’optimisation de notre système de santé, « il ne faut pas occulter la montée de l’illectronisme, la fracture numérique qui sont une réalité en France. Il faut donc tirer des enseignements utiles sur tout ce qui a été mis en place pour apporter des solutions pour une prise en charge globale, de la prévention au curatif » rappelle Myriam Oukkal.
  • Pour Christian Deleuze, « la crise a permis de faire des choses de manière plus simple, plus rapide et plus efficace notamment en termes de solutions numériques. La pédagogie pour créer de la confiance doit être de rapprocher le besoin et l’usage. »
  • « Le modèle économique apparaît comme la clé pour le développement de solutions numériques en santé pérennes avec un vrai apport clinique au patient » indique Baudouin Hué.

Vous retrouverez prochainement le replay de l’intégralité des interventions de Pharma HealthTech.
Retour sur les sessions de l’après-midi dans un prochain article. Restez connectés !

Rémy Teston

Expert e-santé

Buzz E-santé

Ces articles pourraient vous intéresser :
14.10.20

Voici les étapes clés pour engager un nouveau modele d’engagement La plus grosse erreur serait de s’engager à faire du « [...]