Techtomed et Pharmaceutiques ont organisé le 17 septembre dernier une nouvelle édition de Pharma HealthTech, l’évènement consacré à l’impact du numérique dans l’industrie pharmaceutique. Retour sur cette édition 100% digitale : deuxième partie.

Au cours de la matinée des keynotes inspirants et des table-rondes pour décrypter les enjeux ont rythmé les débats sur l’impact du numérique dans l’industrie pharmaceutique.

La deuxième partie de la journée était centrée sur les enseignements post-covid, le bouleversement du modèle relationnel ou l’impact de l’intelligence artificielle et de l’approche collaborative.

Modèle relationnel, attractivité et souveraineté technologique, start-Up et groupes pharma : place aux débats !

L’après-midi a été rythmée par plusieurs table-rondes pour tirer les enseignements de la crise sanitaire au niveau de l’impact du numérique au sein de l’industrie pharmaceutique.
Le premier sujet de l’après-midi « Quel modèle relationnel pour la pharma ? Pratique et bon usage du numérique » a été animé par Franck Le Meur (Techtomed) avec la participation de Julien Delpech (Invivox), Yves Morvan (Ipsos Healthcare France), Rafik Allaili (MSD France), Fabrice Ferret (Healthme).
Morceaux choisis :

  • L’approche de la relation avec les médecins doit évoluer vers plus de personnalisation selon Julien Delpech. Il y a un décalage de perception entre les attentes des médecins et ce que proposent les laboratoires. Les médecins attendent des offres personnalisées intégrant le médicament mais aussi d’autres services pour accompagner la prise en charge des patients. Les laboratoires ne doivent pas rester centrer que sur le médicament.
  • Le modèle relationnel doit évoluer vers plus de personnalisation en se posant les bonnes questions : quel contenu pour quel médecin à quel moment et avec quel ton. Pour cela la connaissance client doit être au cœur des stratégies en optimisant la segmentation sur les attentes et préférences des médecins.
  • La digitalisation au sein des laboratoires n’est pas assez prise avec un angle stratégique pour Fabrice Ferret. Trop souvent cela se résume à lancer quelques initiatives (sites web, e-adv…) sans véritables coordination stratégique. Il est indéniable aujourd’hui que les professionnels de santé ont pris le virage du numérique avant les laboratoires. Il faut donc rapidement s’adapter aux nouveaux usages.
  • Pendant longtemps le digital dans la pharma s’est résumé à la numérisation des supports papiers existant, l’ouverture de quelques postes de responsables digitaux mais sans moyen ni pouvoir pour faire avancer les choses constate Yves Morvan. Aujourd’hui, le digital, notamment dans le modèle relationnel via le CRM, est abordé avec une vision plus stratégique, plus coordonnée.
  • L’approche stratégique est essentielle dans l’évolution du modèle relationnel et commercial dans la pharma. Le positionnement stratégique digital est essentiel : ne pas faire du digital pour du digital a rappelé Rafik Allaili. Le digital est un moyen qui doit s’insérer dans la stratégie long terme de l’entreprise. Il doit répondre à des challenges business à résoudre en s’appuyant sur la donnée et la connaissance client.

La seconde table-ronde de l’après-midi était consacrée aux enseignements de la crise sanitaire « Attractivité et souveraineté technologique : enseignements post-Covid ». Une table-ronde animée par Hervé Requillart (Pharmaceutiques), Jean-Marc Aubert (IQVIA France), Jacques Biot, Régis Senegou (Docaposte)
A retenir :

  • Selon Régis Sénégou, pour faire avancer le sujet du numérique, deux leviers sont à actionner : l’investissement permettant aux entreprises de développer les solutions, et le modèle économique pour pérenniser ce qui est développé. Les potentiels du numérique sont gigantesques mais il faut que l’on rassure celui qui confie ses données. Il y a un enjeu majeur autour de la confidentialité et la sécurité des données de santé. Le mot clé est la confiance.
  • Jacques Biot est revenu sur l’exemple des pénuries de médicaments, qui ne sont pas une question de localisation géographique, mais l’existence d’un monopole de façonniers. Selon lui, l’Intelligence Artificielle devrait être utilisée pour identifier, en amont, les vulnérabilités dans les process de production.
  • La crise actuelle a bouleversé les usages et accélérer le déploiement du numérique en santé, comme l’a rappelé Jean-Marc Aubert : « Durant la crise du Covid on a franchi une marche importante sur la télésanté et on ne reviendra pas en arrière. Les hôpitaux ont compris que le suivi à distance des patients devait faire partie de leur modèle. »
  • L’enjeu est de montrer que le numérique apporte de la valeur comme l’a démontré cette période de crise où les usages ne sont multipliés. La crise a permis de vaincre un certain nombre de peurs autour des outils numériques. Il faut capitaliser dessus, utiliser cette opportunité pour pérenniser l’usage du numérique en santé selon Jean-Marc Aubert

La dernière table-ronde de la journée était consacrée aux relations entre pharma et start up : « Start-Up et groupes pharma : quel regard des jeunes pousses sur la collaboration avec les grands groupes ? ». Une table-ronde animée par Pascal Becache (Digital Pharma Lab), Catherine Boule (Karista), Benoît Brouard (Wefight), Baudoin Petitpre (Apodis Pharma), Julien Elric (ICM – Paris Brain Institute) et Frank Sadion (Janssen).
A retenir :

  • La collaboration entre start up et laboratoires est longue : les processus, notamment de décision, sont très lents indique Baudoin Petitpre. Il y a un décalage car on observe un retard de maturité digitale par rapport aux professionnels de santé ou aux patients.
  • Il existe de réelle différence au niveau de l’échelle du temps, des timeline souligne Benoît Brouard. Les start up ont tendance à travailler sur des temps plus courts. Un point essentiel dans la réussite de partenariat est également le fait d’avoir un référent unique, décisionnaire, au sein des laboratoires. C’est une véritable clé de succès.
  • Pour Frank Sadion, quand l’innovation est dans l’ADN de l’entreprise, les échanges avec les startups pour créer de la valeur pour les patients sont plus faciles. L’objectif dans ces collaborations est d’apporter de la valeur pour les patients et professionnels de santé. Aujourd’hui les laboratoires doivent adapter leur process réglementaire, compliance à ces nouvelles approches digitales, ce qui peut prendre plus de temps. La crise sanitaire a permis d’accélérer les discussions et les process de décision.
  • Aujourd’hui au niveau des filiales des grands laboratoires pharmaceutiques on se tourne vers des collaborations avec la volonté de s’inscrire dans la durée en proposant des services pérennes pour le patient ou le professionnel de santé. Au niveau des groupes, l’approche peut aller plus loin jusqu’à l’investissement financier au sein de start up (acquisition ou prise de participation).
  • Les modèles collaboratifs entre laboratoires ont émergé pendant la crise sanitaire. Malgré la compétition et le besoin de différenciation, ces modèles vont perdurer selon Frank Sadion. Pour une start up, travailler avec plusieurs partenaires permet de pérenniser son activité selon Catherine Boule.
  • Il existe un réel besoin d’éducation des start up pour comprendre le fonctionnement des laboratoires et au sein des laboratoires pour comprendre l’écosystème des start up selon Julien Elric. Les laboratoires collaborent avec les incubateurs pour favoriser cette éducation et simplifier le déploiement de solutions.

Projection et inspiration via différents keynotes

Plusieurs keynotes inspirants ont complété les table-rondes pour apporter de la perspective et de la projection sur l’impact du numérique dans la pharma.
Aude Nyadanu, co-founder and Partner chez Antidote Labs a abordé le sujet “Numérique et santé : comment faire mieux et moins” lors du premier keynote de cette deuxième partie de journée.
A retenir :

  • Aujourd’hui il est possible de faire de l’innovation rapide et centrée sur l’expérience patient via notamment des formats comme les hackathons ou l’intégration de démarche de Design thinking.
  • Dans ce type d’approche, l’impact est souvent plus important que la technologie. On recueil de nombreux insights peu remontés jusqu’à présent. Cela permet de déceler des besoins non couverts et d’adapter des solutions pour y répondre.
  • La démarche est assez simple : à partir d’une idée il faut la prototyper pour la tester rapidement auprès des utilisateurs. Plusieurs phases d’idéation permettent d’optimiser la solution pour répondre au plus près des besoins.
  • Pour gagner du temps dans les phases de tests et de développement il faut utiliser des outils low code qui permettent à tous de construire rapidement des solutions pour les tester en vie réelle.
  • Le message central de l’intervention d’Aude Nyadanu était de montrer que l‘innovation au service des patients ou des professionnels de santé peut s’effectuer aujourd’hui sur des temps courts et pas nécessairement via une approche technologique disruptive ou très développée.

De son côté, Karl Neuberger, Partner à Quantmetry, a décrypté l’impact de l’intelligence artificielle dans l’industrie pharmaceutique : « En quoi l’IA va-t-elle transformer la pharma : mythes ? Réalités ? “Beyond the Hype…” »
Principaux enseignements :

  • L’IA est un terme qui suscite beaucoup de fantasmes aujourd’hui, notamment dans le monde de la santé. C’est avant tout une discipline technologique, scientifique.
  • On observe aujourd’hui plusieurs grands champs d’application de l’IA dans l’industrie pharmaceutique : l’optimisation des process (recherche, production, supply chain, marketing, RH…), l’enrichissement et le traitement de la connaissance client, l’innovation avec le déploiement de nouveaux services pour interagir ou accompagner les patients et professionnels de santé.
  • Parmi tous ces champs d’application, l’IA est par exemple de plus en plus présente dans l’analyse de données en vie réelle. Cela permet d’accélérer certaines phases d’études, notamment sur l’impact d’une molécule en vie réelle en s’appuyant sur des données déjà existantes.
  • La réussite des projets en IA passe par plusieurs éléments clés : bien cadrer son besoin en amont, accompagnement des équipes dans le projet et identifier les capacités de production. Il est nécessaire de lier la stratégie à la technologie.
  • L’IA apparaît dans la pharma comme un potentiel technologique majeur. Il existe des enjeux juridiques, réglementaires et de qualité des données mais traités progressivement au sein des laboratoires.

Le dernier keynote inspirant de Stéphane Mallard a permis de se projeter sur l’avenir de la pharma dans un monde qui se transforme via le numérique : « La pharma de demain n’est peut-être pas celle que vous croyez »
Morceaux choisis :

  • Ce que l’on vit aujourd’hui n’est pas une transformation numérique mais une véritable disruption. Dans la disruption, il y a quelque chose de nouveau, que l’on subit, qu’on ne comprend pas très bien et qui génère une sorte d’idéologie.
  • Dans les entreprises, et notamment la pharma, on a tendance à inclure les technologies pour optimiser les process, les fonctionnements et réduire les coûts. La disruption ce n’est pas ça : il s’agit de casser les modèles existants pour déplacer la valeur.
  • Les technologies sont de plus en plus puissantes, de moins en moins chères et accessibles à tous. Elles sont partout, de plus en plus puissantes mais paradoxalement se banalisent, notamment dans des secteurs comme la pharma.
  • Le cœur de la Pharma ne sera peut-être plus le médicament lui-même mais d’autres activités de ceux qui maîtrisent les algorithmes comme les GAFAM. Le monde de la tech intègre progressivement le monde de la santé et du pharmaceutique. La pharma doit se réinventer pour ne pas se laisser submerger et devenir dépendant de tous ces nouveaux acteurs.
  • L’enjeu de la pharma demain sera peut-être de s’inclure dans toute la chaîne de valeur du parcours de soin d’un patient en apportant une expérience optimisée au-delà du simple traitement.

Rémy Teston

Expert e-santé
Buzz E-santé