Techtomed et Pharmaceutiques ont organisé le 17 septembre dernier une nouvelle édition de Pharma HealthTech, l’évènement consacré à l’impact du numérique dans l’industrie pharmaceutique. Retour sur cette édition 100% digitale : première partie.

Régulation obsolète, déficit de confiance, barrières à l’innovation, carences de l’évaluation, compétition accrue avec de nouveaux acteurs technologiques… confrontée à ses (vieux et moins vieux) démons, l’industrie pharmaceutique doit saisir l’opportunité de la révolution numérique pour revoir d’urgence son modèle de croissance.
Pour répondre à ces interrogations et comprendre les enjeux, Pharmaceutiques et Techtomed ont organisé la seconde édition de Pharma HealthTech, l’évènement pour les acteurs et partenaires de l’industrie pharmaceutique, consacrée à l’impact du numérique dans cette industrie, sur le thème « Comment la technologie va ré-enchanter l’industrie pharmaceutique ? ».
Une matinée ponctuée de keynotes inspirants
Pour lancer cette matinée Aurélie Jean a donné sa vision du monde et de ses enseignements avec une session « IA, numérique, Data Science, Algorithmes… dans un monde recroquevillé et en convalescence… Quelle vision du nouveau monde ? ». Elle est notamment revenue sur l’utilisation de l’intelligence artificielle, des algorithmes et de la data pendant cette crise pandémique.
A retenir :
• On observe en France une méfiance grandissante autour de la science, de la médecine et de l’intelligence artificielle. Pendant cette crise sanitaire, on a constaté un certain « IA bashing » en sous-estimant l’apport de ces technologies.
• Le numérique est avant tout une discipline avant d’être des outils : importance de s’entourer de compétences ou de faire évoluer ses équipes en les accompagnant dans cette transition numérique
• Diminuer la méfiance et regagner la confiance à l’égard du numérique et de l’intelligence artificielle en santé passe par la multiplication de la pédagogie et des collaborations
• La science de la data doit permettre à la pharma d’optimiser sa connaissance client, d’améliorer les processus ou d’accélérer la recherche. Tout cela avec un travail pédagogique expliquant quelle utilisation de la donnée et pour quel usage.
• L’enjeu de la cybercriminalité doit être très présent chez les acteurs de santé. Il n’y a pas assez d’investissement aujourd’hui dans les entreprises sur les aspects de sécurité de la donnée

De son côté Xavier Brochard nous a fait découvrir l’usage massif de la technologie en santé en Chine avec des innovations au service des patients et des soignants.
A retenir :
• En Chine, l’ordinateur n’est pas déployé à grande échelle, le mobile est au cœur de tous les dispositifs numériques notamment dans la santé. On observe d’ailleurs une omniprésence du QR code dans le parcours patient et au cœur des usages santé.
• Il existe une grande confiance des chinois dans l’utilisation de leurs données : peu de freins pour mettre à disposition leurs données personnelles.
• Les grands acteurs du numérique et du e-commerce en Chine, comme Baidu, Alibaba ou Tencent investissent de plus en plus dans le domaine de la santé pour simplifier l’accès aux soins, le parcours patient ou l’accès aux médicaments. Ils déploient des services et applications mobiles pour accompagner les professionnels de santé ou les patients.
• On observe une multiplication des plateformes de téléconsultations avec des services associés comme l’abonnement annuel à un médecin de famille ou la vente en ligne de médicaments
• L’industrie pharmaceutique en Chine multiplie les partenariats avec les plateformes de téléconsultations ou de services pour proposer des programmes personnalisés aux professionnels de santé.

Le dernier keynote de cette matinée était consacré à la découverte des résultats du “Baromètre de la transformation digitale en santé” initié par Atawao Healthcare et L3S Partnership.
Ce baromètre a été réalisé auprès de 70 cadres de l’industrie pharmaceutique dans des structures de toutes tailles.
Principaux enseignements :
• La maturité des entreprises de santé sur le digital jugée insuffisante
• Les objectifs digitaux du laboratoire sont discordants d’une fonction à l’autre : on observe des disparités selon les directions générales, les équipes marketing ou les équipes digitales
• Plusieurs bénéfices sont attendus : accès auprès des professionnels de santé, meilleure performance (process, impact business), impact sur le système de soins (aide à la pratique, prise en charge des patients)
• Des facteurs clés de succès identifiés : soutien du Comité de Direction, recrutement réussi, stratégie claire et formalisée, processus de validation adapté et formation des équipes
• Mais aussi des freins : mauvaise compréhension des enjeux, manque de culture digitale, peu de compétences digitales en interne, absence de véritable stratégie digitale ou le cloisonnement des équipes

Des table-rondes pour décrypter les enjeux

La matinée a été également rythmée de plusieurs table-rondes pour comprendre l’impact du numérique au sein de l’industrie pharmaceutique.
Un premier sujet « Technologies & Marchés : le Nouveau Monde est-il déjà là ? » a été animé par Jérôme Leleu (Simforhealth) avec la participation de Frédéric Collet (Leem, Novartis), Laurence Compte-Arassus (Medtronic), Nicolas Bouzou (Cabinet Asterès), Marie-Laure Saillard (MesDocteurs, LET).
Morceaux choisis :
• Pour Nicolas Bouzou, la réussite des solutions numériques ne peut passer qu’en démontrant l’usage pour favoriser l’adhésion par les patients et les professionnels de santé. La crise sanitaire a mis en avant trois éléments clés : la formation, l’acculturation et la confiance.
• Frédéric Collet a indiqué que le niveau de maturité digitale de l’industrie pharmaceutique est très en retard par rapport à d’autres secteurs. Il a rappelé que le digital est présent à tous les maillons de la chaîne du médicament (R&D, production, supply chain, parcours de soin, accès aux médicaments…), c’est pourquoi le Leem va accompagner ses membres dans le développement des compétences des équipes avec le lancement d’une académie numérique.
• La crise pandémique a permis de déployer des partenariats inédits en décloisonnant les acteurs publics et privés, des collaborations entre la recherche académique et privée et des initiatives collectives.
• Le contexte de la crise et du confinement a été une période incroyable avec un engagement important, une disparition des frontières, un accès rapide aux interlocuteurs, un cadre en constance évolution et de manière rapide a indiqué Marie-Laure Saillard
• Pour Laurence Compte-Arassus, cette crise a été un accélérateur de transformation du modèle des entreprises, de la relation avec les clients. La confiance et la pédagogie sur les usages sont essentielles pour s’affranchir de la barrière technologique.

La seconde table-ronde était consacrée au parcours patient « Parcours de santé : entre avant et après-Covid, qui ont été et qui seront les acteurs critiques ? Quelle légitimité de la pharma et à quelles conditions ? Comment la pharma innove-t-elle ? ».
Une table-ronde animée par Xavier Legrand du Laurens (Madis Phileo), avec la participation de Jean-Christophe Klein (Libheros), Valérie Rizzi-Puechal (Pfizer), Saad Zinai (Ad Scientam), Laure Gueroult-Accolas (Patients en réseau).
A retenir :
• Pour Laure Gueroult-Accolas, la notion de parcours est essentielle dans la prise en charge du patient : le parcours santé du patient est en miroir du parcours de vie du patient. Le digital peut optimiser la prise en charge des patients mais il faut rester à leur écoute, identifier leurs réels besoins et proposer une simplification du parcours avec l’ensemble des acteurs : hospitaliers, médecins de ville, infirmières, pharmaciens…
• L’errance diagnostic est très présente dans les maladies rares. Des solutions digitales peuvent permettre de réduire ce temps d’errance, d’aider les professionnels de santé dans le diagnostic et d’accompagner les patients dans un parcours de soin adapté a indiqué Valérie Rizzi-Puechal.
• Dans le parcours de soin, il existe une réelle complexité pour sécuriser la sortie post hospitalisation et l’hospitalisation à domicile des patients. Pour Jean-Christophe Klein, une solution comme Libhéros permet de mixer le digital et l’humain pour optimiser la prise en charge de ces patients.
• Pendant la crise les solutions digitales ont été accélérées pour sécuriser les patients, simplifier la prise en charge au domicile et maintenir le lien, la relation avec les soignants. Les usages créés ont permis de prouver la valeur et la pertinence du numérique en santé. Le déploiement rapide de solutions digitales a permis de décloisonner les acteurs, de créer des coalitions pour maintenir une prise en charge optimisée des patients.
• Il existe toutefois des difficultés au déploiement de ces solutions : temps d’adoption aux solutions, manque de temps des professionnels de santé pour accompagner les patients, non adaptées à un besoin. La technologie doit s’adapter à l’utilisateur, qu’il soit patient ou professionnel de santé, et non l’inverse
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Pharma HealthTech en chiffres clés

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Rémy Teston
Expert e-santé