« Téléconsultation : enjeux et défis »

« Téléconsultation : enjeux et défis »

Le 13 novembre s’est déroulé notre 5e Café HealthTech consacré au lancement de la téléconsultation, ses enseignements et défis.

Retour sur ce petit-déjeuner conférence animé de débats et d’échanges.

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La télémédecine prend son essor en cette année 2018 avec la prise en charge par l’assurance maladie des actes de téléconsultation depuis le 15 septembre.

Pour débattre des différents enjeux et répondre aux questions relatives à ce lancement à l’occasion du Café HealthTech du 13 novembre dernier, Techtomed a invité le Dr Pierre Simon, pionnier de la télémédecine en France et fondateur de la Société Française de Télémédecine (SFT) en 2006 ; le Dr Agnès Gepner, Directrice médical de la plateforme MesDocteurs et le Dr Alexandre Maisonneuve Directeur Médical et co-fondateur de la plateforme Qare.

Les débats et échanges ont permis de décrypter la mise en place de la téléconsultation en France et d’identifier les principaux enjeux.

Une longue mise en place

Le Dr Pierre Simon a lancé les débats en rappelant l’historique de la télémédecine et de la téléconsultation en France qui a été incluse dans les lois de financement de la sécurité sociale en 2010 et 2014 mais sans aboutir en raison de l’opposition de l’Assurance Maladie. La nouvelle équipe gouvernementale s’est emparée du sujet et l’a relancé pour remettre la télémédecine dans le droit commun.

La téléconsultation calquée sur le parcours de soin traditionnel

La volonté de l’Assurance Maladie via la téléconsultation est d’optimiser le parcours de soin, notamment dans le cadre de maladies chroniques. La téléconsultation est définie par l’avenant 6 approuvé par l’arrêté du 1er août précisant les conditions de réalisation et de prise en charge des actes de téléconsultation ou de télé-expertise :

« La consultation à distance réalisée entre un médecin exerçant une activité libérale conventionnée, dit “téléconsultant”, quel que soit son secteur d’exercice et sa spécialité médicale, et un patient, ce dernier pouvant, le cas échant, être assisté par un autre professionnel de santé. L’opportunité du recours à la téléconsultation est appréciée au cas par cas par le médecin traitant et le médecin correspondant. »

Le principe érigé dans cet avenant est donc que la téléconsultation doit être à l’initiative du médecin traitant et non du patient. Or en calquant la mise en place de la téléconsultation sur le parcours de soin, une partie des Français se retrouvent exclus. Aujourd’hui 15% des français n’ont pas de médecin traitant(1) et sont de fait hors du parcours de soin. Ils ne bénéficient donc pas de remboursement. Il en est de même pour les patients faisant face à l’indisponibilité de leur médecin traitant.

Des solutions à l’étude pour les patients non connectés

Comme le rappelle le Dr Simon, il ne faut pas omettre que 8 millions de Français vivent aujourd’hui sans Internet(2). Or aucune mesure n’est pour le moment spécifiée dans cet avenant 6.

 

Cependant, plusieurs solutions sont envisagées pour les patients non connectés :

  • Téléconsultation programmée : une téléconsultation prescrite par le médecin traitant et réalisée dans les pharmacies
  • Une offre via l’organisation territoriale (CPTS) et les plateformes territoriales d’appui pour les patients hors parcours de soin
  • Equipements au niveau des Ephad pour la réalisation de téléconsultation
  • Téléconsultation mobile au domicile (vif intérêt des sociétés d’ambulance)

Les enjeux des offres face à la réalité des pratiques

Le sujet de l’équipement des médecins en solutions pour réaliser ces téléconsultations n’a pas été non plus bien étudié avant ce lancement. Ces derniers vont devoir s’orienter vers les différents acteurs de ce marché : des start-ups proposant des logiciels de téléconsultation, les plateformes autorisées ou les plateformes publiques.

Pour le Dr Gepner un des enjeux majeurs des plateformes de téléconsultation complémentaire est le recrutement de médecins : « L’enjeu de toutes ces plateformes va être de trouver des médecins. Ce n’est pas tout d’avoir l’outil mais il faut le médecin au bout. C’est la principale difficulté qui va se poser à tout le monde, moins pour les généralistes que pour les spécialistes qui se sont raréfiés dans certaines régions. L’enjeu sera de constituer la communauté médicale qui va servir l’outil de téléconsultation. »

« L’enjeu pour des plateformes de solutions et de services est de voir comment mettre en face l’offre par rapport à la demande. L’offre actuellement définie est basée sur le médecin libéral avec ses patients et par extension de droits les établissements publiques et privés. L’enjeu est comment mobiliser des temps médicaux pour apporter de la souplesse dans la structuration de l’activité des médecins libéraux » selon le Dr Maisonneuve.

Un des enjeux importants va être la réussite du lancement du Dossier Médical Partagé (DMP) qui peut être un accélérateur pour le déploiement de la téléconsultation. Bien qu’il y ait encore beaucoup de réticences des médecins vis-à-vis du DMP, « on peut faire de la bonne télémédecine avec le DMP, c’est ma conviction » souligne le Dr Simon.

Le succès de la téléconsultation repose finalement sur 3 pré-requis : la réussite du DMP et son déploiement à grande échelle, l’interopérabilité des solutions et l’identification avec un numéro unique.

Un lancement avec quelques oublis

Au-delà de ces enjeux, un certain nombre de sujets majeurs ont été omis dans le cadre de ce lancement de la téléconsultation :

  • L’équipement des médecins en solution de téléconsultation
  • La formation des médecins
  • La démographie médicale déclinante et les attentes des jeunes médecins (sollicitation des médecins retraités)
  • La typologie des demandeurs : on observe des usages différents selon les générations (chat vs téléphone)

Finalement, pour le Dr Simon la « téléconsultation telle qu’elle est lancée par les pouvoirs publiques correspond plus ou moins à ce que les médecins libéraux souhaitaient et ce que l’Assurance Maladie souhaitait pour conserver son parcours de soin. Pour les pharmacies rurales ou reculées, en difficulté économique, elle peut maintenir les pharmacies de proximité. Elle peut également permettre aux patients sans médecin traitant d’en trouver un ou de bénéficier de consultation lorsqu’ils en ont besoin. »

En conclusion, plusieurs éléments accélérateurs de la téléconsultation ont été évoqués par les intervenants :

  • La formation des médecins à la téléconsultation
  • L’ouverture aux Ephad
  • La lutte contre les déserts médicaux
  • La réussite du Dossier Médical Partagé (DMP)
  • L’assouplissement du cadre réglementaire et donner plus de liberté afin de pouvoir faire bénéficier de la téléconsultation à tous les français

L’Assurance Maladie s’est donnée 6 mois avant de dresser un premier bilan de cette mise en place de la téléconsultation. L’occasion d’analyser les usages et de recueillir les retours d’expérience de patients et professionnels de santé.

Rendez-vous donc dans quelques mois pour dresser un premier bilan !

(1) Assurance Maladie

(2) ARCEP (Autorité de Régulation des Communications Electroniques et des Postes)

Rémy Teston

Expert e-santé
Buzz E-santé

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